Mots rares dans la presse

Faut-il dépoussiérer les mots compliqués ? Sommes-nous encore friands des mots alambiqués ? Aimons-nous ouvrir notre dictionnaire ?

Dans son livre « Le continent inconnu » (Arthaud 2013), Géraldine Danon relate une conversation avec un journaliste de je ne sais quel média. L’auteur et son compagnon, Philippe Poupon, naviguent dans les mers australes en direction de l’Antarctique. S’approchant de ce continent inconnu, ils rencontrent naturellement les colonies de manchots. Géraldine Danon envisage d’envoyer une chronique sur ces animaux des extrêmes. Elles se voit cependant freinée dans son élan par le journaliste qui prétexte qu’employer le terme de « manchot » est trop compliqué pour les auditeurs : mieux vaut, selon lui, parler de « pingouin ». Stupeur chez l’auteur, qui explique au journaliste que les pingouins vivent en Arctique et les manchots en Antarctique et qu’il ne faut justement pas les confondre.

À prendre les auditeurs, les lecteurs et les Français en général pour des ignorants et des incapables, l’on finit par dire n’importe quoi.

À l’inverse, dans un article du Point des 19-26 décembre 2019, deux mots rares ont attisé ma curiosité. Cet article de François-Guillaume Lorrain met en valeur un photographe naturaliste fascinant : Vincent Munier. Il n’est pas étonnant que la beauté de son regard sur la nature ait finit par rencontrer le raffinement de la plume de Sylvain Tesson. Ainsi Munier a-t-il invité Tesson à une petite initiation à l’art de l’affût, art auquel Vincent était aussi rompu que Sylvain étranger. Leur traque photographique d’un félin qui fait croire qu’il a disparu de la planète les a conduit au Tibet. Et la panthère des neiges apparut.

L’écrivain publia un livre éponyme chez Gallimard et le photographe offre ses images sublimes chez Kobalann « Tibet, minéral animal ».

François-Guillaume Lorrain, lecteur de « La panthère des neiges » de Sylvain Tesson, note que Munier est le coryphée de l’ouvrage. Et voilà notre premier mot rare. Le coryphée est le chef de chœur dans le théâtre antique et, par extension, désigne celui qui tient le premier rang.

Oui, Sylvain Tesson a eu suffisamment d’humilité pour se mettre à l’école de l’initiateur de l’expédition.

Plus loin dans l’article, l’auteur précise : « Chez Tesson, Munier apparaît comme une contre-jour à la folie, à l’épilepsie de notre monde hectique qui, à dominer et souiller la nature, a perdu celle-ci. » Hectique est un adjectif signifiant qui consume. La fièvre hectique est une fièvre persistante, accompagnée d’un amaigrissement.

Il n’y a rien à faire, j’aime les auteurs qui me font sortir le dictionnaire, et les photographes qui me font sortir de l’ordinaire.

Publié par Anne-Marie MICHEL

Pigiste catholique, je m'efforce de témoigner de ma foi dans le Christ, chemin, vérité et vie. Ainsi, ce qui est vrai, bien et beau m'élève et ce trésor se partage. Notre temps est encore celui de la miséricorde, eleos en grec, alors proclamons-la à temps et à contre-temps !

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