La quadrature du cercle

Si certaines mamans n’ont plus de travail en ce moment, d’autres continuent tant bien que mal depuis leur bureau improvisé. Sauf que, une fois de plus, elles cumulent les tâches. Une nouvelle s’est invitée dans l’emploi du temps : être prof de deux, trois, quatre niveaux en même temps. Sauf que le mari est calfeutré derrière son ordinateur, la femme de ménage a déserté, les préparations de repas sont multipliées. Peut-on encore espérer s’en sortir, sans sortir ?

Voici quatre livres sélectionnés pour nous aider à nous poser, nous organiser sereinement et ne pas trop subir les jours et les semaines à venir.

« Au four et au moulin » d’Éloïse Larchet est sorti le 4 septembre 2019 chez Artège. Sa lecture est un délicieux moment de détente. On sourit, on éclate de rire. Je me rappelle un long fou rire dans le train, en dévorant le livre. Et quelques semaines plus tard, pour préparer cet article, je retombe sur ce même passage : même effet ! L’auteur nous invite à partager l’année de la naissance de son quatrième enfant. C’est pétillant de réalisme. Tendresse, amour fou pour ses petits marmouillots, raz le bol définitifs : bienheureux ceux qui savent rire d’eux-mêmes, ils riront beaucoup, dit l’adage. Même notre amour de gentil mari a droit à ses pages dédiées, toujours bienveillantes cependant : « Chéri, puisque ce mercredi tu es là, c’est toi qui t’occuperas des enfants. Mercredi génial pour les enfants : ils ont fait tout ce qu’ils voulaient. Jeudi, vendredi à pleurer pour remettre la maison en état. Chéri, s’occuper des enfants ça ne veut pas dire rester coller à l’ordinateur 6 heures de suite, prêt à en dégluer uniquement en cas d’accident domestique grave. Imagine au bout d’une semaine si je m’occupais comme ça des enfants ? Oui mais si je m’en occupe, répondra l’élu de votre cœur, c’est à MA façon. »

Cette maman, au four et au moulin, a quitté son métier d’ingénieur « et l’opinion sociale qu’elle avait d’elle même », dit-elle. Officiellement « pour s’occuper de ses enfants ». Expression consacrée devenue réflexe pavlovien. Mais elle avoue : M’occuper de mes enfants, « c’est la dernière chose que je fais… Priorité : rangement, ménage, lessive, trajets scolaires, rattrapage d’âneries diverses, devoirs en hurlant d’une pièce à l’autre pendant que je «donne» le bain. Franchement, je ne m’occupe pas de mes enfants, je les gère. »

Les pages s’enchaînent avec une tendresse émouvante avec les tétées de la quatrième et les câlins. Puis soudain, tout explose, comme chez nous sans que nous nous l’avouions. « Sors de ma vie ! » vocifère-t-elle. « La phrase jaillit de ma bouche, venue du fond de mes entrailles. Elle s’exprime incoercible, comme une dernière volonté, la dernière possibilité. Mon interlocutrice de 1 m s’est figée un instant, arrêtant son caquetage incessant, comprenant sans doute que l’heure est grave. Elle tourne les talons après un dernier regard évaluateur, mesurant qu’elle n’a plus aucune chance, et j’entends sa petite voix pointue reprendre la phrase fatale. «Sors de ma vie» devient une petite comptine, une ritournelle de la honte maternelle. Comment ai-je pu ? Je baisse enfin mon index accusateur… Comment ai-je pu prononcer une chose pareille à un être innocent. Innocent ? Tu parles… Mais je ne l’ai pas seulement dit, je l’ai ressenti par tous les pores de ma peau. »
Et elle poursuit l’analyse de la scène avec réalisme et sans complaisance. On dirait qu’elle a posé une caméra cachée dans l’intimité de nos maisons.

Et le pompon, c’est le regard malicieux et ébahi qu’elle porte sur ces deux filles en train de pouponner. Au delà de l’état de rire que provoque la scène, l’on s’interroge avec l’auteur sur le subconscient de nos enfants, à moins que ce soit le nôtre qui déteigne sur eux. Mais mieux vaut alors en rester au rire…

Pour ce début de confinement, rien de tel qu’un bonne cure d’antidépresseur : riez avec Éloïse Larchet !

« Imparfaite et débordée – Chroniques d’une maman d’aujourd’hui «  de Raphaëlle Simon est paru en 2016 chez Salvator. Une soixantaine de chroniques parues sur le site web de Famille Chrétienne entre 2009 et 2014. Ici, on approfondit, on réfléchit sur notre quotidien : quelle place laissons-nous à Dieu, à notre mari, à nos enfants, aux autres ? Suis-je capable de m’octroyer du temps pour moi ? Quelle éducation je donne, quelle place occupent mon travail, mon temps de ressourcement ? Et ma prière ? L’enracinement de l’auteur dans la Parole de Dieu est un atout très appréciable qui devrait nous encourager à nous enraciner aussi…

Tout le livre s’adresse aux mères, mais particulièrement la première série de chroniques. Quelques conseils de lectures y côtoient une réflexion sur le déménagement, des considérations plus morales et spirituelles, sans oublier des aspects plus psychologiques, toujours enracinés dans la Bible.

S’ensuit une invitation à arrêter de râler pour découvrir la puissance de la gratitude, comme dirait Pascal Ide. Râler est un gène gaulois, bien français. Les étrangers lorgnent sur notre pays et s’y ruent, mais le préféreraient dépeuplé de ces râleurs de franchouillards. Râler est en plus féminin. Être une femme française est une prédisposition à cette pathologie. Et l’auteur nous entraîne dans sa découverte du livre J‘arrête de râler ! de Christine Lewicki. Mais elle nous conduit à nous émerveiller, à poser un nouveau regard sur… tout ! Par exemple, sur la France ! « «Regardez, les enfants, comme c’est beau !», s’exclame mon mari au volant, alors que nous traversons l’Hexagone. » Notre confinement, outre le fait qu’il nous fait râler, peut aussi nous ouvrir à la beauté de ce qui nous entoure. À nous d’ajuster notre regard.

Et les enfants ? Raphaëlle Simon, mère de trois enfants, nous livre ensuite plus d’une quinzaine de chroniques sur l’éducation. Quel est notre rapport à la confiance ? Comment discernons-nous ce que nous pouvons lâcher progressivement pour que nos enfants grandissent en autonomie ? Sommes-nous disponibles pour nos enfants ? Quels jeux ? Quels modèles leur donnons-nous ? Et le père, dans tout ça ?

L’ouvrage s’achève sur une ouverture aux autres et au monde et nous invite à faire de nos rencontres autant de visitations.

Le titre « Imparfaite et débordée » ne nous laisse nullement mijoter dans cette imperfection overbooquée qui nous colle à la peau. Le cœur du sujet est de nous élever plus haut que ce constat. Et pour cela, on s’enracine dans la Parole et l’on réfléchit. Pour mieux s’organiser, pour ne pas subir nos journées et notre vie. L’auteur, d’ailleurs, nous invite à lire le livre d’Holy Pierlot, qui, elle, s’est franchement organisée, définitivement. Certaines ont peur de ce livre, tant l’auteur a mis la barre haut. C’est dommage, car il y a un grand profit à se le réapproprier, quitte à l’adapter à notre réalité. Nous y reviendrons plus loin.

Ainsi, après le bon moment de détente avec Au four et au moulin, approfondissons avec Imparfaite et débordée.

Avec Éline Landon, l’approfondissement se fait plus spirituel. Il faut bien dire que l’auteur s’attaque au drame du burn out maternel et le relie dès le sous-titre de son livre à l’épuisement spirituel. Car nous courrons, sans cesse ni répit et parfois, à y regarder de plus près, sans raison ! Là aussi, arrêtons-nous, arrêtons-nous vraiment et ce confinement peut être un immense cadeau du Ciel pour cela ! Arrêtons de nous mettre la pression pendant ces quelques semaines de prison calfeutrée pour que les devoirs soient faits et rendus, que notre boulot avance comme si nous pouvions encore travailler au calme 40 heures par semaine ! Éline Landon nous offre l’occasion d’une neuvaine. « Je vous propose ainsi cette neuvaine, prier 9 semaines de suite autour d’un même sujet, pour nous apprendre, à nous mères de famille, à nous reposer jour après jour en Dieu avec confiance. Vous y trouverez à chaque étape un texte biblique, une méditation et une prière, afin de nous confier à la miséricorde de Dieu, mais aussi un témoignage. » Ni Emmanuel Macron, ni le Premier ministre, ne nous menacent encore de neuf semaines de confinement (mais qui sait ?), en tout cas, offrons-nous ces neuf semaines de pause, si nous sentons que nous glissons subrepticement vers le burn out. En neuf étapes, nous avons l’occasion de nous redresser, de remettre les choses en ordre dans notre for interne. Un immense cadeau !

Après la détente et le rire, puis diverses réflexions pour faire le point, nous en arrivons donc à la prière, avec ce livre Burn out maternel.

Et maintenant, il faut agir ! Agir pour « tenir sa maison en ordre et son âme en paix », comme le souligne le sous-titre du livre désormais célèbre d’Holy Pierlot : Manuel de survie d’une mère de famille, aux Éditions de l’Emmanuel. Un conseil pour celles qui sont déjà effrayées rien qu’en ayant entendu parler du livre et de son exigence : adaptons le propos à notre situation. Il ne s’agit pas de faire comme l’auteur. Il s’agit de s’approprier ce qu’elle écrit. Il s’avère cependant que la hiérarchie des choses qu’elle propose est solidement enracinée : Dieu d’abord et avant tout. Et avouons que, très souvent, Dieu passe à la trappe de nos journées sous prétexte que c’est impossible de prier quand on a les marmots dans les pattes H24. Mais ce n’est pas normal et nous nous épuisons inutilement en nous privant d’un temps quotidien et conséquent de solitude avec Dieu. C’est objectivement plus fondamental encore que de dormir et de se nourrir. Car Dieu est la source de tout. Et, après tout, qui fait la loi dans la maison ? Maman ou l’esprit ultra accaparant de l’enfant en bas-âge ? Rien ne nous empêche de nous faire respecter dans nos besoins les plus fondamentaux : « Maman fait oraison, SILENCE ! »

L’on connaît la deuxième priorité : prendre soin de soi. Il peut s’agir là d’un profond écueil psychologique : comment faire passer le moi avant les autres quand on est héritier d’une longue tradition qui prétend au contraire écraser le moi ? Tradition d’écoles spirituelles, éducation héritée de notre famille, voir orgueil personnel bien caché au fond de soi qui nous laisse penser que nous sommes indispensables aux autres. Nous avons oublié que « charité bien ordonnée commence par soi-même ». Mon père spirituel m’a plusieurs fois dit : « Pour se donner, il faut se posséder. » Alors, réfléchissons à la manière de prendre soin de soi. De quoi ai-je besoin fondamentalement ?

La troisième priorité : celle de notre mari. Eh oui, il passe avant les enfants ! Or les réalités de notre quotidien sont souvent éloignées de cela, pour de multiples raisons. Sauf que les enfants ont terriblement besoin de parents dont le couple est solide, fermement ancré dans leur engagement à s’aimer pour toute leur vie. Il suffit de voir nos deux garçons réagir au quart de tour quand, mon mari et moi, plaisantons. Oui, nous échangeons de simples plaisanteries et voici que le cadet qui n’a pas trois ans se met à hurler : « Arrêtez de bagarrer ! ». Ce qui ne l’empêche pas 5 secondes plus tard de mordre son frère qui lui a refusé sa petite voiture, mais ça c’est un autre sujet. Moralité : choyons nos maris ! Mais, au fait, la réciproque est au moins aussi vraie… À bon entendeur, salut !

Viennent ensuite les enfants, en quatrième seulement ! Cela relativise beaucoup ce que nous investissons en temps, en énergie, en argent parfois pour eux !

Enfin, en cinquième point, Holy Pierlot se préoccupe de son foyer. Cela relativise les piles de linges ou les moutons sous les lits et même les frigos vides. Mais voici un exemple d’adaptation à notre propre réalité des conseils de l’auteur. Elle place son activité professionnelle dans la case « pourvoir aux besoins du foyer », alors que d’autres la placent sans l’ombre d’une hésitation dans la case « prendre soin de soi ». C’est donc une question de discernement. Pour ma part, j’ai ajouté aussi un sixième point : « prendre soin de mes amis ». Alors, relisons l’ouvrage de cette maman canadienne en restant à l’écoute du Saint Esprit qui nous guidera pour nous adapter et, ainsi, avancer sereinement.

Quatre livres sélectionnés comme une gradation. Nous pourrons alors sortir de notre confinement armées pour une nouvelle vie sereine, ordonnée et dynamique !

Publié par Anne-Marie MICHEL

Pigiste catholique, je m'efforce de témoigner de ma foi dans le Christ, chemin, vérité et vie. Ainsi, ce qui est vrai, bien et beau m'élève et ce trésor se partage. Notre temps est encore celui de la miséricorde, eleos en grec, alors proclamons-la à temps et à contre-temps !

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