Les héros ordinaires et la maladie rare

Fait insolite dans notre bibliothèque familiale à forte connotation catholique, voici un ouvrage écrit par un auteur appartenant à l’Église évangélique : Brigitte Protzenko, Chroniques chrétiennes à croquer, Éditions LLB. Partant de faits divers domestiques ou internationaux, l’auteur nous recentre sur l’essentiel : la Parole de Dieu. Un livre aussi savoureux qu’un café gourmand, d’ailleurs, il se lit aisément lors de telles pauses. Deux chroniques m’ont interpellée ce matin : les deux dernières. L’une évoque une maladie rare et l’autre les héros ordinaires. Serait-ce prophétique ?

Une petite fille naît, un peu maigrichonne, mais rien d’alarmant. Malheureusement, les pathologies et symptômes multiples vont s’abattre sur l’enfant comme la vérole sur le bas clergé. Aucun expert n’y comprend rien et l’on tente tant bien que mal trente-six traitements. Les années passent et la science arrive enfin à mettre un nom sur le mal qui frappe. « Un gène au nom barbare, une nouvelle maladie rare. Soulagement. Mettre un nom sur une maladie, c’est savoir contre qui on guerroie ». Sans cela, « le duel est déloyal ». Savoir permet d’affûter nos armes.

« Les maladies rares touchent moins d’un individu sur deux milliers mais une autre grave affection mine l’humanité. L’homme séparé de Dieu est en souffrance perpétuelle, même s’il joue les rebelles. Il est un satellite dévié de son orbite, un orchestre sans maestro, […], des lasagnes sans bolo… » rappelle Brigitte Protzenko. Notre virus au nom aussi barbare que morbide – covid-19 – sorti tout droit d’un marché aux bestiaux chinois ne constitue pas vraiment une maladie rare ces temps-ci. Mais la chroniqueuse évangélique insiste sur notre véritable maladie : le péché.

Soyons clairs : il n’y a pas de corrélation immédiate entre le degré de péché et le degré de malheur qui s’abat sur une personne. Bien que nous ayons une tendance aussi coriace qu’inavouée à le croire (cf le livre de Job), les faits montrent heureusement le contraire et l’Évangile aussi. Car on a déjà voulu coincer Jésus sur la question : on lui rapporte le massacre de Galiléens pas vraiment innocents par Pilate et la mort tragique de dix-huit passants écrasés par l’écroulement de la tour de Siloë. On dirait le journal de 20h de la télévision d’il y a deux mille ans… Réponse de Jésus : « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. Et ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu’elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. » Lc 13, 1-5.

Nous n’avons pourtant pas manqué d’alerteurs ces dernières décennies. Que de mises en garde n’avons-nous pas entendues ? Je ne parle pas que de nos comportements moraux, mais de nos habitudes environnementales, nos systèmes économiques. Nous croulons sous les « structures de péchés », comme a dit Jean-Paul II. « Le péché n’est pas une maladie rare, tous les hommes en sont affectés. Le grave de l’affaire est qu’ils refusent le traitement approprié », martèle l’auteur de la chronique. Et le remède est Jésus. Point. Il n’y a pas d’autre Sauveur. Quand allons-nous enfin comprendre ?

Si nous ne nous convertissons pas, nous périrons tous de même.

La chronique suivante achève l’ouvrage et parle des héros ordinaires. Ouf, on relève un peu la tête, car se savoir pécheur n’empêche nullement, bien au contraire, d’être capable de grandes vertus ni d’être un véritable héros. Brigitte Protzenko évoque l’héroïsme de Sébastien qui s’est suspendu à une bouche d’aération pour sauver une femme enceinte elle-même suspendue au premier étage du Bataclan. La crise sanitaire que nous traversons à l’échelle planétaire révélera certains de ces héros aujourd’hui dans la tourmente pour sauver des vies. Suivons-les, laissons-nous inspirer par eux au risque de devoir affronter comme eux ceux qui feront le choix de la peur, du mensonge, voir de la violence. Car après la bataille hospitalière, viendra celle économique et financière, y compris à l’échelle domestique. À combattre sans péril, on triomphe sans gloire. À combattre sans vertu, on fanfaronne sans auréole.

Seulement, Brigitte Protzenko nous sensibilise à un sauvetage bien plus fondamental encore que celui des personnes en danger : celui du salut éternel des âmes. Quel soucis avons-nous de ce salut ? Pleurons-nous sur les âmes qui tombent en enfer comme flocons de neige ? Quel héroïsme déployons-nous pour sauver des vies éternelles ? Je reste étonnée du vide intersidéral que provoque cette question. Espérons que chacune de nos belles et bonnes actions, à fortiori nos actions héroïques y contribuent !

Terminons, comme l’auteur de ces chroniques chrétiennes à croquer, avec Saint Paul à Timothée :
« Devant Dieu, et devant le Christ Jésus qui va juger les vivants et les morts, je t’en conjure, au nom de sa Manifestation et de son Règne : proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, toujours avec patience et souci d’instruire. Un temps viendra où les gens ne supporteront plus l’enseignement de la saine doctrine ; mais, au gré de leurs caprices, ils iront se chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d’entendre du nouveau. Ils refuseront d’entendre la vérité pour se tourner vers des récits mythologiques. Mais toi, en toute chose garde la mesure, supporte la souffrance, fais ton travail d’évangélisateur, accomplis jusqu’au bout ton ministère. » (2 Tm 4, 1-5)

Publié par Anne-Marie MICHEL

Pigiste catholique, je m'efforce de témoigner de ma foi dans le Christ, chemin, vérité et vie. Ainsi, ce qui est vrai, bien et beau m'élève et ce trésor se partage. Notre temps est encore celui de la miséricorde, eleos en grec, alors proclamons-la à temps et à contre-temps !

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